Ximun Haran * Ancien president de l'IBB du PNB
ETA au centre du débat
ETA eta Euskal Herritarrok occupent l'actualité dans les médias d'Espagne et du Pays Basque. Les attentats se multiplient. ETA est au centre du débat.
Bien sûr que nous nous joignons à la clameur populaire pour condamner les attentats qui coutent la vie à des innocents. Depues Ermua où avait été sauvagement exécuté Miguel Angel Blanco et qui avait mobilisé des millions de personnes dans la rue, tant à Madrid qu'à Bilbao, les manifestations tendent à s'essoufler. De millions on passè à des dizaines de milliers de manifestants. C'est dire que la violence d'ETA se banalise tandis que la kale borroka passe dans l'ordinaire du quotidien. Les condamnations dans la presse qualifient les etarras «de bandits, d'assassins, de hors la loi, de fascistes, de minoritaires, de ETA est de trop, ETA doit disparaître», tandis que la presse française est plus modérée, elle parle «d'etarras, de séparatistes ou de terroristes».
Il est délicat de se lancer dans une analyse de la situation sans donner l'impression d'être partisan. Cependant, nous nous sentons autorisé à le faire, car nous suivons l'évolution de la politique basque depuis que nous avons créé Ager en 81 pour prendre la défense du PNV, du Gouvernement Basque et du Statut d'Autonomie.
ETA doit disparaître, cela est certain. Il ne suffit pas de le proclamer, il faut dire comment?
Interpréter Lizarra-Garazi
Le PNV qui jusqu'ici occupait la «centralité» dans la CAV et dans le monde abertzale, l'a perdu momentanément au profit d'EH et d'ETA. Le pacte de Lizarra est devenu le centre de convergence de toute la politique. Il proclame trois grands principes. Celui de la territorialité: toute initiative couvre tous les territoires, Iparralde compris; celui du conflict: le Pays Basque ou Euskal Herri est en conflit non seulement avec l'Espagne, mais également avec la Françe; celui de l'indépendence: le peuple basque doit être seul maître de son destin.
Ce pacte a été interprété de deux façons: pour le PNV, comme une déclaration de principe à l'image de celle de Sabino Arana Goiri en 1895. Il s'applique dans le temps; pour EH-ETA, comme le point de départ de la construction nationale. Il doit entrer en vigueur inmédiatement. De là, l'exigence de la création d'une institution nationale: Udalbiltza, regroupant les municipalités. (Le PNV en posséde le contrôle, comme on a pu le constater aprés la rupture de la trêve lorsqu'il a paralysé son fonctionnement). De là, l'exigence de la rupture avec Madrid par le vote d'une Constitution nationale basque.
Le PNV emporté par la vague romantique du projet a réalisé trés vite l'impossibilité de son application inmédiate. Arzalluz a déclaré qu'il était utopique et que l'indépendance, on en reparlerait dans quatre ans à la fin de son mandat à la tête du parti.
Pourquoi PSOE et PP ne peuvent y adhérer
Lizarra-Garazi a été perçu par le PSOE et le PP comme un bloc nationaliste hostile, opposé à leur politique élaborée à Madrid. De plus, il n'est pas dans la nature de leurs partis de s'ingérer dans les affaires d'Iparralde, donc de l'Etat français et de reconnaitre l'existence d'un conflit avec Madrid et avec Paris. Il est naif de penser qu'ils puissent y adhérer. Dés lors, la classe politique s'est scindée, non plus entre démocrates et violents, mais entre espagnolistes et nationalistes.
Les cercles politiques virtuels
On pourrait chercher à comprendre la situation en Euskal Herri en imaginant des cercles concentriques dont le centre serait occupé par ETA. Le premier cercle serait constitué par sa garde rapprochée: EH. Le deuxieme, par le PNV et EA. Leur mission serait de convaincre EH d'entrer dans les institutions et de régler le problème de la violence par la voie politique tout en respectant l'engagement patriotique d'ETA. Le troisiéme par le PSOE. L'attitude de celui-ci est assez ambiguëe, il cherche à gouverner en coalition avec le PNV. Il exige cependant son départ de Lizarra et lui tend une main amicale. Enfin le dernier par le PP, c'est le cercle tueur. Le PP cherche a affaiblir l'ensemble du nationalisme basque afin de prendre le pouvoir à Gasteiz. Vis à vis de ETA, pas de pitié, il faut les éliminer par la force. Aznar pourrait très facilement reprendre à son compte ce que disait Poutine pour les Tchétchènes «Il n'y a pas d'autres moyens de lutter contre les terroristes, nous allons les tuer dans leurs tanières... les butter jusque dans les chiottes».
ETA et EH ont toujours refusé le Statut
De tous les protagonistes, ETA, puis EH sont les plus clairs. ETA et EH refusent la Constitution espagnole et refusent le Statut d'Autonomie. Ces deux institutions procédent d'une autorité issue du franquisme: la Royauté. Le Statut d'autonomie bien que le meilleur d'Europe, est octroyé par Madrid et le transfert de ses compétences est soummis au rythme imposé par le Gouvernement Espagnol depuis l'UCD d'Adolfo Suarez, au PSOE de Felipe Gonzalez et au PP d'Aznar. Vingt ans après, il reste une trentaine de transferts en souffrance dont la sécurité sociale et la formation.
Diputations et Gouvernement basque
Il existe deux pouvoirs en Pays Basque: celui des diputations fondé sur les fueros. Chacune d'entre elles est indépendant et peut décider à tout moment de se retirer de la CAV. C'est dans son cadre que sont prélevé les impôts. Elles procédent d'un esprit fédéraliste. Celui du Gouvernement Basque. Il est issu du Statut d'autonomie octroyé par Madrid. Il est centraliste. Karlos Garaikoetxea, lorsqu'il était lehendakari voulait lui donner la préeminence. Il s'est heurté aux diputations et au parti. Cela est un des éléments mais pas le seul, de la scission qui a abouti à la création d'EA.
C'est pour le libérer de la tutelle de Madrid qu'aujourd'hui le PNV, rejoignant la thése d'ETA-EH, déclare obsoléte le Statut actuel et projette d'en établir un autre qui se situerait entre l'indépendance et le statut actuel, mais sans en préciser les contours. Il n'est pas clair là-dessus.
Les diputations ou territoires historiques ont traversé toutes les périodes difficiles, du carlisme au franquisme et sont aujourd'hui les piliers du Gouvernement basque. Les diputations sont au dessus du Gouvernement basque, elles sont immuables. Elles les protégent des tentatives fascistes comme celle de Tejero en 81 qui avait envahi les Cortes révolver au poing.
C'est à partir des territoires historiques qu'a été construit le Statut d'Autonomie. La Navarre l'a rejeté. L'Alava a hésité et il aura fallu toute la diplometie du PNV pour obtetnir son adhésion. La Bizkaye et le Gipuzkoa ont été et sont les fondations de l'édifice, ils sont le moteur de la construction nationale.
Lizarra-Garazi, l'impasse?
Lizarra-Garazi procéde du Forum Irlandais organisé par HB. Celui-ci avait pour mission d'analyser les «accords de Stormont» qui ont permis l'arrêt de la violence et la négociation avec Londres sur le devenir de l'Ulster. Avec la participation de EA et du PNV, ce forum a abouti à l'accord de Lizarra-Garazi. Le principe fondamental en est la «territorialité». Arzalluz aujourd'hui ne le retient pas. Il fait de Lizarra-Garazi une simple «méthode pour la résolution du conflit armé». Il ne parle pas du conflit avec la France. Il qualifie Udalbiltza de «joli symbole, sans réalité». Comment ne pas être troublé par ce flou artistique venant du sommet.
Abandonner Lizarra-Garazi
ETA a intensifié les attentats. Le climat politique se détériore de jour en jour. Pour le PNV, le dilemne se pose: quitter Lizarra-Garazi et s'appuyer sur le PSOE au risque d'ouvrir un conflit extrémement dangereux avec ETA et EH ou rester dans Lizarra-Garazi et s'affronter en permanence avec les partis espagnolistes: le PP et le PSOE.
Le PNV est-il dans l'impasse? Tout semble le laisser accroire. Il n'assume pas l'intégralité des principes édictés dans le Pacte. «L'autodétermination peut attendre quatre ans. Le PNV n'est pas fou, mais pragmatique» (Arzalluz, mars 99) précise-t-il.
Si le PNV, (comme le réclame un certain nombre de ses leaders et non des moindres dont le nationalisme est limité à la CAV), abandonne Lizarra, il tue l'espoir, il déçoit un nombre important de ses partisans. Il ne pourra que continuer sa gestion de 20 ans sous la surveillance des partis espagnolistes. Il prend alors le risque d'une guerre civile entre abertzale.
Si le PNV reste fidéle au Pacte de Lizarra, la guerre se déplacera entre espagnolistes et nationalistes et culminera au moment des prochaines élections au Parlement Basque. Le risque sera grand alors de voir le PP prendre le pouvoir à Gasteiz comme il l'a pris en Alava. Il y aura alors l'union sacrée des nationalistes et ETA comme au temps du franquisme aura le feu vert. La situation sera de tous les dangers.
Divergeances au sein du noyau dur du Parti
Le PNV n'a plus de marge de manoeuvre comme le démontrent deux grandes figures du parti: Anasagasti porte-parole du PNV aux Cortés et Joseba Egibar porte-parole du Parti. Le premier déclare «Lizarra-Garazi comme la mesa de Ajuria Enea ont fait leur temps, ils sont du domaine de l'histoire. Il faut abandonner Lizarra-Garazi». Au même moment, le second contredit le premier «L'opinion d'Anasagasti ne reflète pas la doctrine du parti. Si Lizarra-Garazi est actuellement paralysé par les attentats, le PNV est totalement d'accord pour poursuivre le processus... le PNV a besoin d'HB et HB a besoin du PNV». Où est la ligne de crête du parti?
Comment s'en sortir
Deux scénarios s'offrent à nous.
1Madrid fait un geste et accepte de rapprocher tous les prisonniers politiques. Ce rapprochement est un droit inscrit dans la Constitution et le Gouvernement basque comme tous les partis nationalistes le réclamnent. ETA peut alors décréter une nouvelle trêve, mais pas nécessairement l'abandon des armes. Et à ce stade de résolution, la France participant à la traque des etarra est également concernée car elle détient dans ses prisons un certains nombre de nationalistes. Elle devra elle aussi procéder au rapprochement. Les élus d'Iparralde devrait lorsqu'ils condamnent les attentats en Espagne exiger du gouvernement un geste de bonne volonté, qui n'est que justice et qui pourrait aider Aznar à en fair de même.
2L'intervention d'un chef de gouvernement, mais semble-t-il le problème de la violence n'est pas le souci numéro un des chefs de gouvernements de la CE. Et c'est pourtant de l'un d'entre eux que doit venir la solution, en permettant à tous les protagonistes de sauver la face.
Il faut donc trouver un intermédiaire de poids, comme Bill Clinton dans le conflit de l'Ulster. L'intermédiaire idéal serait Tony Blair. Comme Jospin il fait parti du même courant politique: la social-démocratie et il entretient de trés bonnes relations avec Aznar. Il peut donc jouer un rôle capital dans la pacification. Il est urgent de régler ce probléme du moins dans sa phase armée, car ETA a amorçé une spirale de violence sans précédent qui peut conduire à des attentats aveugles du type Hypercor de Barcelone où un super marché avait explosé faisant une vingtaine de morts. A ce stade, il ne sera plus question de négocier mais de s'entretuer. Ce serait une catastrophe humanitaire sans précédent en Euskal Herria et en Europe.
Face à l'intransigeance du PP dont le but est d'exterminer les etarra et d'affaiblir, sinon le nationalisme du moins le PNV est façe à son incapacité de démanteler les réseaux etarra, il n'y a rien à faire. Reste à savoir ce que peut concéder Madrid, sans perdre la face, ce que peut concéder ETA sans perdre le fruit de 40 ans de lutte. *
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